Retour des USA dans l’Action Climatique: ce que j’attends des leaders

Par Rolande Aziaka, directrice de Eco Conscience TV

Le président Biden a invité 40 dirigeants mondiaux à un sommet virtuel des dirigeants sur le climat qu’il organise les 22 et 23 avril.  Le sommet des leaders sur le climat soulignera l’urgence d’une action plus forte en faveur du climat.  Ce sommet est le premier rendez-vous d’ampleur sur la question climatique pour l’administration Biden. Il confirme le retour des Etats-Unis dans la grande cause environnementale.

A travers ce sommet des dirigeants organisés par les États-Unis, les gouvernements doivent revoir leurs ambitions très nettement à la hausse, en particulier les pays les plus émetteurs de substances polluantes dont les États-Unis qui sont, malheureusement, à l’origine d’une grande partie de cette crise. Les USA justement ont fait, à travers les années une grosse amélioration en la matière car entre 1970 et 2017, les émissions nationales cumulées des six polluants les plus courants ont diminué en moyenne de 73 %. Cependant, il reste le financement des actions pour le climat.

Ma plus grande attente est que le Fonds vert pour le climat soit véritablement effectif en consacrant la moitié du financement aux mesures d’adaptation. Alors que plusieurs milliards de dollars sont mobilisés pour vaincre la pandémie de covid-19, il est aussi urgent qu’à long terme les gouvernements se mobilisent autour d’ambitions environnementales concrètes dès maintenant, car la relance de l’économie post-COVID19 est l’occasion ou jamais de repenser notre avenir.

Inondations et sécheresses menacent des vies partout en Afrique chaque années (Photo PNUD/Arjen van de Merwe)

L’heure n’est plus aux discours, mais plutôt aux mesures courageuses en faveur du climat et l’année 2021 est cruciale. Pour que la crise climatique ne se transforme pas en catastrophe permanente, nous devons limiter le réchauffement de la planète. En rejoignant l’accord de Paris de 2015 sur le climat dès son arrivée à la Maison Blanche, le président Biden a marqué les esprits et soulevé de grands espoirs, quatre ans après le retrait des USA sous l’administration précédente.

Les négociations sur le climat se sont succédé. Depuis 2015 et l’Accord de Paris, nous avons connu cinq COP, la COP-26 aurait dû avoir lieu en 2020 mais a été reportée à novembre 2021 à cause de la crise sanitaire de coronavirus. J’ai eu la chance de participer à certaines et d’être au cœur des actions.

Les discours ne manquent pas pendant les COP mais qui du travail de terrain même : Comment devons-nous réellement mener l’action climatique ? Je crois qu’avec cette pause de COVID 19, nous tous acteurs, locaux comme internationaux, à l’échelle de nos quartiers comme à celle des décideurs gouvernementaux, nous devrions réfléchir sur comment nous menons la lutte car les objectifs sont loin d’être atteints. Les Changements climatiques sont bien réels et ont de graves conséquences sur la population du monde.

La COP25 a été un vrai échec, malgré les quelques notes.

Comment sera la COP26 dans tous les enjeux et la post COVID19 ? C’est une question que je me pose personnellement. Avec le retour des Etats Unis, je crois qu’il faut impulser un nouveau dynamisme aux négociations climatiques.

Si les gouvernements doivent prendre l’initiative, les décideurs du monde entier ont un rôle essentiel à jouer. Et les Etats-Unis ont une grande part de responsabilité.

A travers leurs représentations dans divers, les États-Unis doivent inscrire les questions de préservation de l’environnement et de climat dans leurs priorités, à part la question de la bonne gouvernance, l’économie, la démocratie, la sécurité et la paix. Car les questions environnementales ne doivent être dissociées des questions politiques, économiques et sociales. A mon humble avis, tout est lié. Comme elle l’affirme, la présidence de Biden doit vraiment faire de la diplomatie climatique et environnementale l’une de ses priorités.

Le Togo à l’instar des autres pays africain ont besoin d’être accompagnés. Certes, nous assistons à plus actions mais beaucoup reste encore à faire. Malgré une tendance de réduction, le taux de déforestation reste toujours élevé au Togo, 0,21 %, soit environ 2.530 hectares par an. Ce qui entraîne la dégradation des écosystèmes forestiers, contribuant ainsi aux changements climatiques avec une détérioration des cadres de vie. Les projections indiquent que ces besoins vont augmenter pour atteindre 10 millions en 2030 et doubler en 2050. Par comparaison au potentiel forestier actuel évalué à 75 millions de mètres cubes, la capacité de la ressource à couvrir de façon durable, pourrait être compromise.

Une étude réalisée en 2017 sur la dynamique de l’utilisation du bois-énergie au Togo, évalue la quantité de bois-énergie consommée au Togo par les ménages et les autres catégories socioprofessionnelles à plus de 7 millions de mètres cubes par an. Selon les données du ministère de l’environnement, le taux est de 0,42 % (soit environ 5 679 ha/an) pour la période 1990-2015 à 0,73 %, soit environ 9 280 ha/an sur la période de 1990-2000, et à 0,21 % pour la période 2000-2015 (soit environ 2 530 ha/an).  

Face à ces défis, il faut des engagements forts et une prise de conscience maximale. Et tous les acteurs locaux et partenaires ont une part à y contribuer.

Dans les années à venir, je crois que si on ne se réveille pas à temps on sera surpris. Déjà les conséquences des changements climatiques, de pollution, de déforestation, de catastrophe naturelle, de dégradation des terres seront un véritable défi pour le continent et elles accentuent les inégalités, mettent à mal la sécurité et la paix dans les pays.

“Il n’existe pas une 2e Terre”, protégeons donc celle que nous avons

Déjà en termes de pollution, quand nous prenons les plastiques par exemple, sur le plan mondial on estime que 1,3 milliard de tonnes de plastique sont destinées à détériorer notre environnement d’ici à 2040. Selon ONU environnement dans une de ses récentes études, en Afrique, 125 millions de tonnes de déchets solides municipaux étaient générés en 2012, ce chiffre va doubler d’ici à 2025. L’augmentation du volume de déchets en Afrique sera si importante que toute la baisse de production de déchet dans d’autres régions du monde serait compensée par l’Afrique. C’est inquiétant, puisque nous savons tous que les services de collette des déchets sont insuffisants. Plus de 90% de déchets générés en Afrique sont éliminés dans des dépotoirs anarchiques et des sites d’enfouissement avec incinération à ciel ouvert, causant des problèmes d’ordre environnemental et de santé. A tout cela s’ajoute le commerce de déchets, souvent de manière inégale entre les pays du Nord et les pays du Sud, mettant ainsi les populations du sud en danger.

Par ailleurs, le nouveau rapport, intitulé “Faire la paix avec la nature“, lancé par le Programme des Nations Unies pour l’environnement lancé le 18 février 2021 dernier, expose la gravité des trois crises environnementales, notamment du climat, de la perte de la biodiversité et de la pollution. Selon ce nouveau rapport du PNUE qui propose un plan détaillé pour faire face à la triple urgence planétaire, le monde peut transformer sa relation avec la nature et s’attaquer aux crises du climat, de la biodiversité et de la pollution simultanément afin d’assurer un avenir durable et prévenir de futures pandémies. Il met en évidence les liens entre nos défis en matière d’environnement et de développement et décrit les rôles de toutes les parties de la société dans les transformations nécessaires pour un avenir durable.

Pour nous tous, l’alerte est vive. Nous devons prendre conscience de l’urgence climatique, environnementale et sauver notre maison commune, la terre.

Le Président togolais Faure Gnassingbé l’a déclaré lors du dialogue des dirigeants sur l’urgence climatique et la Covid19 en Afrique le 6 mars 2021 “…l’heure est à la prise de mesures d’adaptation fortes, intégrées et soutenues. Le climat n’attendra pas que nous en ayons fini avec la COVID19. Les impacts systémiques doivent donc être abordés dans une approche d’égale urgence…”. Je me joins alors à l’appel du secrétaire général de l’ONU pour demander de l’action MAINTENANT : « Je demande instamment à toutes les nations et à tous les peuples de se montrer à la hauteur de ce moment ».

Rolande Djatougbé AZIAKA fait partie des jeunes activistes pour le climat. Directrice de Eco Conscience TV une société de media thématique sur les questions environnementales, Rolande Aziaka a une expérience de 10 ans comme journaliste spécialiste des questions environnementales dans les communautés. Elle est aussi actrice dans la société civile (Présidente de Welfare, branche Togo, organisation à statut ECOSOC des nations unies). Elle participe régulièrement aux négociations climat sous l’égide des Nations Unies et a pris part aux programmes et conventions chimiques de Bâle, Rotherham, Stockholm et Strategic Approach to International Chemicals Management (SAICM). Rolande Aziaka a représenté la région Afrique au sein du panel des Organisations de la société civile (CSO Panel) de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification (CNULD) pour l’exercice biennal 2018-2019. Et actuellement élue nouvelle représentante et Co-facilitatrice du grand groupe des ONGs Programme des Nations unies pour l’Environnement pour le mandat 2021-2023

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